FONTAINE DE VENUS, Pedona (Italie), 2017

(Bronze, fonte, onixe et nacre)

Le buste de femme émergeant de l’eau est une Naissance de Venus. Quelques gouttes de l’eau de mer, d’où elle est sortie, couvrent son visage et sa gorge de bronze. Cette eau salée, éparse sur son visage, laisse à penser à des larmes versées: de ses yeux en vert d’onyx et blanc de nacre, elle pleure, tel le nourrisson venant de naître. Ces gouttes au goût de sel se mêlent et se confondent parfois à celles des eaux douces de la fontaine et des pluies et intempéries du monde extérieur où elle semble trôner.

 

Cependant, reposant sur son socle de fonte et de robinetterie robuste qui l'affuble d'un appendice masculin grotesque, elle est affublée du désir sexuel mâle; par là-même spoliée de son désir propre: elle est amputée. Rendue à une position à la fois de femme-objet et de femme-fontaine (ainsi réduite à sa fonction sexuelle), Venus - image universelle de la femme - se fond en une figure profane, celle de Marie-Madeleine (soumise à la soif du passant l'ouvrant et la refermant à volonté) celle-ci formant ainsi une seule image avec l’effigie de la déesse sacrée. Elle pleure sur la condition de la femme, formant frontière entre le domaine du sacré et du profane, position schizophrénique et liminale difficile à tenir. Telle est la position inextricable de la femme.

 

Le passant vient à y boire son eau qu’il lui déroge ce faisant - ou bien partage son inquiétude aux saveurs lacrymales entre plaisir et souffrance, extase forcée du don de soi sans recevoir.

La fontaine offre, en une démarche quasi christique, des perles de larmes douloureuses à celui qui a soif.

 

 

 

 

 

La Beauté

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,

Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,

Est fait pour inspirer au poète un amour

Éternel et muet ainsi que la matière.

 

Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris ;

J'unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes ;

Je hais le mouvement qui déplace les lignes,

Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

 

Les poètes, devant mes grandes attitudes,

Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,

Consumeront leurs jours en d'austères études ;

 

Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,

De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :

Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !

 

Charles Baudelaire

 

 

 

 

 

Merci à mon ami Vito Tongiani et à la commune de Camaiore sans lesquels le projet n'aurait pas existé, la Fonderie Mariani qui a gracieusement donné et fondu le bronze, mon modèle Gabriella Zavatti, l'artisane Giulia Berti qui m'a beaucoup aidée pour aboutir le projet et à notre ami Baffone, disparu le 30 octobre 2017.