ESPACES METAPHYSIQUES, instants verticaux, 2008-2011

(Cire, résines, objets métalliques)

Cette série est un travail de créations d’instants verticaux (cf: G. Bachelard) suspendant la course du temps par un éblouissement esthétique - étincelle de temps qui s’extrait de lui-même pour interroger le réel, l’analyser et le comprendre à travers le questionnement existentiel.

Interrompu dans la frénésie du réel, rendu à sa solitude, le corps saisi interpelle, avec toute l’épaisseur de son enveloppe physique. Il possède, en surface, cette qualité impénétrable des gisants de Pompéi, des corps arrêtés dans leur élan - méditatifs-pensifs - d’où l’on pressent la délicate fragilité de l’être sous les apparences de la matière.

Le personnage, baigneur-nageur-apnéiste, mire dans l’eau - espace interne ici de la pensée - comme en soi, les reflets de réalité: ellipses de lumière, ondes troublées, multiplications de l’image et de l’écho… L’image aquatique investit le lieu d’exposition. il est changé en espace d’Eaux Métaphoriques désignant le flottement de la pensée autour du réel.

Le personnage projette au dehors de lui l’espace, en tant que champs du questionnement métaphysique. Celui-là est revisité et chavirant l’espace où les jeux de translations spéciales commuent horizontales en verticales, inversent les lois de la gravité et compulsent le Temps en instant.

La présence formelle des objets convertit l’espace-temps en laboratoire de l’expérimentation du doute.

Les oeuvres servent la contemplation et l’interrogation du réel: la recherche de ce qui se cache derrière les signes et l’apparence du monde. Ainsi ces personnages résident et investiguent sur le terrain vague du doute et de l’interrogation: l’Espace Métaphysique.


 
 
 
 

Le Corps et l’Objet

Une armoire, une échelle, un radiateur. Autant d'objets usuels auxquels Pauline Hersart arrime ses personnages ou desquels elle les fait émerger. Ces objets métalliques, si quotidiens, prennent le visage de l'insolite, ainsi sortis de leur contexte habituel, devenus supports ou accessoires de personnages pétrifiés. Fils ténus qui les rattrachent au réel, ils permettent à l'artiste de mettre en pause et de regarder -vraiment- ces corps que nous ne prenons pas le temps de voir. Hersart invite son spectateur à s'arrêter et à partager avec humanité les moments intimes qu'elle a saisis.

Du moule de plâtre à la version finale en résine, Hersart ne perd aucun détail du modèle qu'elle s'approprie en cet instant suspendu. Elle arrête la course du temps pour mieux poser aux corps la question de son rapport au monde. Interrompus dans la frénésie du réel, rendus à leur solitude, ils nous interpellent avec toute l'épaisseur de leur enveloppe physique.

Ce buste noir aux grands yeux écarquillés sort avec violence de sa petite armoire. Ces deux prunelles bleues nous défient et nous rappellent que derrière l'objet il y a l'homme. Les artifices de nos vies ne pourront jamais dissimuler le corps primitif avec lequel nous vivons tous et sans lequel nous ne serions rien.

Jean de Malherbe, Galerie La Forest Divonne, Paris et Bruxelles.

 

 

 

 

 

 

 

 


Rien ne peut être fait sans la solitude. Je me suis créé une solitude que personne ne soupçonne. Il est très difficile, aujourd’hui, d’être seul, car nous avons des montres. Avez-vous vu un saint avec une montre?
— Pablo Picasso